Faut-il faire du logement social à Belleville, quand la pauvreté est déjà supérieure à 30% ?

 A l’occasion de la procédure de modification du Plan local d’urbanisme (PLU), la Mairie du 11e a proposé de réserver plusieurs parcelles dans notre quartier pour en faire du logement social. Cette procédure dite de “préemption” permet à la Marie de Paris de se porter acquéreur, en cas de vente de garages, locaux d’activité, hôtels, logements privés etc… pour ensuite créer du logement social.

Plusieurs parcelles situées dans le quartier de Belleville Saint-Maur sont concernées. Il s’agit du 18 rue des Bluets, 56 avenue Parmentier, 56-60 avenue de la République et 61 rue Servan.

Ce sont les propositions de la Mairie du 11e concernant le Haut de la Rue Jean-Pierre Timbaud (N°91-93  et 91 bis) qui soulèvent le plus de questions.

Même si rien n’indique à ce stade que le Conseil de Paris validera ces propositions, plusieurs raisons portent à nous interroger sur l’opportunité de ces propositions.

Aux alentours de ce secteur, le parc de logement social est déjà très largement supérieur à la norme légale.

Le taux de logement social dans de secteur reste inférieur à la cible légale avec 10,5% (contre 25%). En revanche à proximité, les logement sociaux constituent jusqu’à 59,3% du parc de logements, ce qui représente un niveau exceptionnellement élevé et très largement supérieur par exemple à la moyenne du 19e arrondissement (32,7%).

Les habitants du Haut JP Timbaud évoluent donc dans un cadre très largement composé de logements sociaux, ce qui n’est pas vrai ailleurs dans le 11e arrondissement où le taux de logement social est par endroits inférieur à 2%. Cette situation pose la question du rééquilibrage de la politique du logement social entre ces territoires.

Ce secteur est déjà l’un des plus précaires du 11e arrondissement.

Les habitants du Haut de Jean-Pierre Timbaud sont déjà beaucoup plus pauvres qu’ailleurs. Selon l’INSEE, le revenu médian par unité de consommation y est déjà inférieur de moitié au revenu médian observé à Paris (12.189 €, contre 25.830€). Il est par ailleurs inférieur de 33% au revenu médian des français.

La pauvreté y est prégnante avec une population à bas revenus supérieure à 30%, (soit le double de la moyenne parisienne). En 2010, 15,7% des actifs y étaient au chômage, soit un taux de supérieur de 40% à la moyenne de l’arrondissement (11,2%). Si l’on élargi l’observation aux alentours, le taux de chômage grimpe jusqu’à 21,7%. Plus grave, selon l’APUR, les écarts de revenu entre le quartier Belleville Saint-Maur et la moyenne parisienne se sont accrus.

Plusieurs autres opérations de logement social sont en cours ou pourraient voir le jour.

La proposition de la Mairie du 11e s’inscrit dans un contexte où plusieurs opérations visant à accroître le parc du logement social ont d’ores et déjà réalisées à proximité (acquisition du 37 boulevard de Belleville à l’angle avec la rue JP Timbaud) ou bien pourraient voir le jour (inscription des n°53, 53B, 64, 71T, 78 et 80 rue Jean-Pierre Timbaud dans la liste des immeubles susceptibles de faire l’objet d’un droit de préemption renforcée).

Ce projet est-il compatible avec les objectifs de la politique de la ville et d’égalité en matière d’éducation ?

Compte tenu de ces éléments, nous avons interrogé Patrick Bloche, adjoint chargé de l’urbanisme, sur l’articulation de ses propositions avec l’objectif poursuivi par la politique de la ville de réduction des écarts de développement de ce secteur avec le reste du 11e arrondissement. Si elles étaient mises en œuvre ces orientations risquent-elles pas dans les faits de concentrer davantage encore les difficultés économiques et sociales rencontrées sur ce secteur ?

Par ailleurs, l’application de la carte scolaire conduira à affecter les enfants qui résideront dans ces nouveaux logements sociaux au collège Collette Besson, rue des Panoyaux dans le 20e arrondissement, dont les résultats au brevet des collèges, bien qu’en progression, étaient inférieurs de 11,4 point à la moyenne parisienne en 2014 (76,24 %, contre 87,63%).

Chacun connaît le poids des origines sociales sur la réussite des élèves et convient que l’absence de mixité sociale a des effets défavorables sur celle-ci. Nous nous interrogeons donc sur le point de savoir si le choix renforcer la présence d’élèves de condition modeste dans cet établissement, qui en compte déjà un nombre très important, est réellement de nature à garantir l’égalité des chances et l’émulation scolaire.    

Nous vous tiendrons informés des précisions apportées par la Mairie du 11e en réponse à notre Courrier.

Cliquez ici pour télécharger notre Lettre à Patrick Bloche.

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