Sans concertation, le Maire du 11e arrondissement s’apprête à opérer un vaste réaménagement de la place Jean Ferrat à Ménilmontant

On se pince pour y croire, tant la décision du Maire du 11e, François VAUGLIN, contrevient aux règles élémentaires de la démocratie locale.

En effet, alors que les grands places parisiennes comme Bastille, Nation ou Gambetta sont en train de faire l’objet d’aménagements construits et décidés dans la concertation. Alors que la rénovation des places des quartiers populaires de Colonel Fabien à Charles Moslet en passant par la place Alphonse Allais se prépare avec les habitants, le Maire du 11e décide seul, sans en référer aux habitants et usagers, du réaménagement de la place la plus importante de notre quartier. Un cas unique à Paris.

Le projet prévoit, pour l’essentiel, de raser les deux vastes jardinières pour les remplacer par des rochers d’escalade pour les jeunes et des babyfoot, ainsi que l’installation d’un manège.

Le projet de réaménagement

Ce projet pose plusieurs problèmes.

Un recul majeur pour la place de la nature dans le quartier et la lutte contre les îlots de chaleur

Les vastes jardinières créées il y a 10 ans ont posé, il est vrai, de sérieux problèmes à commencer par leur manque d’entretien et l’existence de fuites dans la station RATP. Pour autant, leur destruction aurait mérité un débat. La place Jean Ferrat est en effet très minérale (comme la place de la République) et notre quartier manque cruellement d’espaces verts et d’arbres.

L’argument avancé pour justifier ce choix est la création d’un parcours sportif le long des boulevard du Nord-Est parisien entre Nation et Stalingrad, voté dans le cadre du budget participatif et qui constitue un engagement de la Mairie de Paris vis-à-vis du CIO pour les JO de 2024.

Toutefois, cela n’implique pas que la localisation et la nature des installations sportives ne soient pas soumis à discussion avec les usagers de l’espace public, ni que l’on rase des espaces de végétation. Rappelons qu’historiquement à cet emplacement, il y avait un square. C’est dire, si en termes de lutte contre les îlots de chaleur, la situation ne cesse de se dégrader.

Un projet d’aménagement qui exclut les femmes de l’espace public

Outre l’installation dédiée à l’escalade, le projet prévoit la création de deux babyfoot, sur le modèle de celui qui a été installé place Marek Edelman. Là encore, on se désolera de ce choix non concerté et déconnecté des préoccupations des habitants.

D’abord chacun peut comprendre que l’un des enjeux de la place Jean Ferrat est d’y ramener les femmes, très largement absentes de son usage. Il est assez peu probable que les babyfoot et les rochers d’escalade soient perçus comme un moyen de parvenir à plus de mixité, c’est sans doute même l’inverse.

Le risque est également de reproduire ici l’erreur commise place Marek Edelman, où le babyfoot financé par le Conseil de quartier n’a jamais fonctionné, parce qu’il n’est jamais entretenu par les services de la propreté et qu’il sert de poubelle. Ensuite, parce que pour y jouer, encore faut-il penser à se munir de balles et savoir où en trouver. Or c’est rarement le cas. Ce sont donc des cailloux qui font office de balles et dégradent l’équipement.

Une décision contraire à la volonté exprimée par les habitants du quartier lors du budget participatif

Le projet prévoit également l’installation d’un manège sur la place (côté arrêt de bus 96), ce qui pose d’autre problèmes.

D’abord, ce manège sera installé là même où les habitants du quartier avaient demandé que l’on plante des arbres supplémentaires dans le cadre du projet ” Végétalisons le quartier Belleville Saint-Maur” en 2017. Plus de 1.600 habitants avaient voté pour ce projet et vont, à juste titre, se retrouver floués par la décision du Maire du 11e.

Ensuite, cela pose la question de la place des “Chibanis”, ces vieux immigrés du quartier qui aiment à se retrouver sur cet espace où sera implanté le manège.

Désargentés pour la plupart d’entre-eux et vivant souvent dans des chambres ou des logements exigus, ils n’ont plus que cet espace comme lieu de socialisation. Les en priver serait injuste.

Les Chibanis de la place Jean Ferrat, quelle place pour eux après le réaménagement ?

Pour le maire, il s’agit surtout de lutter contre le marché sauvage

Il semble que l’objectif premier des choix d’aménagement soit de résoudre le problème récurent qui est celui du marché sauvage. En clair, en encombrant l’espace public, on empêcherait le marché sauvage de s’installer.

Le Marché sauvage, place Jean Ferrat

Nous sommes opposés à cet orientation, car pour les habitants, c’est la double peine. Dans un quartier aussi dense que le nôtre, les habitants ont besoin d’espaces publics gratuits pour se balader et s’y retrouver. Ils ne sont pas responsables du marché sauvage. Il appartient aux autorités de prévenir et de lutter contre ce genre de délits, sans en faire payer le prix aux habitants.

En revanche, l’idée de développer des animations sur la place, et le manège va y concourir, répond à un réel besoin. mais le manège sera toutefois payant.

Aussi, plutôt que des murs d’escalade, des babyfoots, il aurait été plus pertinent d’installer des jeux pour enfants gratuits, de maintenir la baraque ou l’on pouvait acheter des gaufres et de créer, pourquoi pas, un kiosque citoyen pour renforcer le lien social sur cette place au carrefour des quartiers populaires des 11e et 20e arrondissement .

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