Une œuvre d’art place Jean Ferrat au milieu du marché sauvage et des tags ?

La ville de Paris a lancé un appel à projets ouvert aux artistes, collectifs, étudiants des écoles d’art, association. Il s’agirait d’embellir 20 lieux avec une participation de la Ville de Paris à hauteur de 50.000 euros par site.

Tous les projets seraient mis en ligne pour recevoir l’avis des parisiens. Une sélection des lauréats serait ensuite opérée par des jurys composés de personnalités du monde de l’art, de l’urbanisme, du design et les représentants des arrondissements, pour des réalisations avant la fin de l’été 2019.

marché sauvage

Dans notre quartier, c’est la place Jean Ferrat qui devrait accueillir l’une de ces œuvres et franchement, on ne pouvait pas faire un pire choix de localisation. En effet, cette place, qui est le théâtre d’un marché sauvage depuis 2014, est régulièrement souillée et ses équipements ne sont plus entretenus.

le sol de la place Jean Ferrat

Cette place a fait l’objet d’un réaménagement en 2010, dont chacun peut constater qu’il est complètement raté. Ainsi, le revêtement du sol de la place n’est pas uniforme. De vastes bandes n’ont jamais été bitumées  et sont aujourd’hui truffées des nids de poule. Il a donc été nécessaire de déposer un projet au budget participatif, pour reprendre le revêtement à partir en 2019, soit 9 ans après. L’horloge, qui faisait elle aussi partie du projet de réaménagement, est hors d’usage et n’est toujours pas réparée en dépit de plusieurs relances depuis 2014.

La plus grande jardinière a été bétonnée

La mairie se félicitait également d’avoir créé de vastes jardinières végétalisées. La  première est aujourd’hui transformée en terrain vague, quand la seconde est devenue un paysage lunaire où plus rien ne peut pousser. A l’origine de cet échec : des défauts de conception qui occasionneraient des fuites dans la station RATP, située en dessous, l’absence de protection adéquate et un manque d’entretien, qui les ont rapidement transformées en décharge colonisée par les rats. Aujourd’hui, les deux jardinières sont condamnées.

La descente aux enfers de la place Jean Ferrat, la Mairie en est largement responsable. Elle a ainsi, par ses exigences, entraîné le départ du forain, qui vendait dans une petite baraque, des gaufres et des boissons, laissant ainsi le champ libre aux vendeurs du marché sauvage. Elle a également, par cette décision, privé les habitants les plus modestes de toute animation sur cette place et renforcé le sentiment d’insécurité.

Puisqu’il est question d’offre culturelle, rappelons également que la place Jean Ferrat accueillait jusqu’en 2014, un festival de musique gratuit « Ménil’Fest » qui proposait 30 concerts totalement gratuits. Ça aussi c’est terminé.

La Mairie de Paris piétine la démocratie participative et le droit des habitants des quartiers populaires à être associés aux décisions qui concernent leur cadre de vie.

Certes une consultation des habitants sur internet est prévue. Mais qui peut croire que les premiers usagers de cette place publique, que sont les Chibanis, sont informés de ce projet et qu’ils vont pouvoir donner leur avis sur internet ? On est là au cœur des contradictions de la Mairie de Paris : ceux qui décideront de ce projet, ne sont certainement pas ceux qui vivront avec.

Par son projet, la Mairie s’assoit également sur les projets déposés par le Conseil de quartier Belleville Saint-Maur, pour lesquels les habitants du quartier ont voté en masse lors du budget participatif 2016 et qui prévoyaient de planter des arbres supplémentaires sur la place Jean Ferrat. Qui pourrait comprendre que ce projet de végétalisation, soit remplacé par une œuvre d’art que personne n’a demandée ?

Ce projet est enfin emblématique d’une politique qui transforme l’art en gadget et en outil de communication à la gloire des élus parisiens.

La Fresque Télémaque

Si la mairie de Paris avait la moindre velléité d’embellir le quartier Belleville Saint-Maur, elle aurait commencé par le nettoyer et par réparer les bancs publics qui sont devenus inutilisables. Si elle partageait la conviction que les quartiers populaires ont besoin d’une expression artistique sur l’espace public, elle aurait commencé par rénover l’immense fresque de l’artiste Hervé Télémaque, rue Oberkampf, ce qu’elle refuse de faire, arguant que le mur appartient à une copropriété privée. On le voit : destruction du patrimoine d’un côté, communication de l’autre…

Le bloc électrique complètement tagué

Ce projet comporte un risque évident de gaspillage d’argent public. Ce secteur du 11e arrondissement (et on le regrette), est le plus tagué de Paris. Il suffit de voir à quelle fréquence les jardinières et le bloc électrique sont tagués ou encore les poteaux et potelets recouverts d’autocollants et jamais nettoyés. Qui peut croire que, par miracle, cette œuvre échappera aux souillures ?

D’expérience, nous savons que rien n’est pire qu’un projet d’investissement public qui génère des nuisances supplémentaires et qui n’est pas entretenu. Le remède est alors pire que le mal. Manifestement, les élus parisiens sont les seuls à encore l’ignorer…

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